
Ăcrit par Ambre Montespan - Mis Ă jour le 28 janv. 2026
Sommaire :
Devenue une star internationale, la chanteuse et musicienne anglo-gambienne Sona Jobarteh a fondé sa carriÚre sur un instrument traditionnel des cultures ouest-africaines : la kora.
La kora de Gambie et du Mali
Traditionnellement rĂ©servĂ©e aux hommes, la kora est un instrument de musique Ă 21 cordes, quelque part entre la guitare, la harpe, le luth et la lyre, et pratiquĂ©e en Afrique de lâOuest, du SĂ©nĂ©gal au Niger en passant par le Mali, le Burkina, le BĂ©nin.
La kora accompagne souvent le chant des griots, ces poÚtes, historiens et enseignants qui racontent des histoires immémoriales (voir ici).
Elle se compose dâune volumineuse demi-calebasse, recouverte dâune peau de vache et percĂ©e dâun trou pour diffuser la rĂ©sonance, comme une guitare.
Un long manche qui mesure gĂ©nĂ©ralement entre 1,20 et 1,40 mĂštre sert de point de dĂ©part aux 21 cordes, mĂȘme si le nombre de cordes peut varier et sâĂ©lever jusquâĂ 32.
On en joue en pinçant les cordes avec les doigts, surtout le pouce, l'index et le majeur.
Initiation Ă la kora
Avant de devenir une virtuose, Sona Jobarteh est initiĂ©e Ă partir de lâĂąge de 3 ans Ă la kora par les hommes de sa famille, tous musiciens reconnus : son frĂšre, son cousin, son grand-pĂšre, son pĂšre dont elle est la fille unique. Signe que les sociĂ©tĂ©s africaines Ă©voluent, ces musiciens ne cherchent pas Ă exclure Sona, mais se montrent soucieux de lui transmettre un hĂ©ritage musical qui jusque-lĂ se transmettait de pĂšre en fils, mais qui, au fond, nâa pas de genre. Son pĂšre lui dit dâailleurs que, si quelquâun Ă©coute Sona jouer de la kora, il ne doit pas pouvoir dire si câest un homme ou une femme qui joue, il doit simplement dire que câest jouĂ© avec dĂ©licatesse, tact et justesse.
Curieuse histoire puisque, selon la lĂ©gende africaine, la kora fut dâabord inventĂ©e par une femme-gĂ©nie (gĂ©nie dans le sens de djinn, les crĂ©atures merveilleuses de lâIslam), avant dâĂȘtre volĂ©e par un griot et transmise Ă son fils.
Ăcole de musique
Par sa mĂšre, Sona Jobarteh est anglaise. Jeune fille, elle va vivre en Angleterre et y suit les cours dâune Ă©cole de musique ; elle Ă©tudie notamment le piano et le violoncelle. Les instruments traditionnels africains nây sont pas considĂ©rĂ©s avec beaucoup dâĂ©gards. Ă lâexamen, Sona Ă©choue presque volontairement.
Elle retourne alors en Gambie auprĂšs de sa famille paternelle et se perfectionne dans lâart de la kora. HĂ©sitante Ă se produire sur scĂšne par peur du rejet, elle participe nĂ©anmoins Ă quelques concerts et rencontre un franc succĂšs. Les temps ont changĂ© et une femme peut jouer de la kora en public.
Sona Jobarteh enregistre son premier album, chantĂ© en langue mandingue et non pas en anglais, un choix dâauthenticitĂ© qui, loin de la handicaper, lâaide Ă ĂȘtre reconnue dans le monde anglophone, des Ătats-Unis Ă la Nouvelle-ZĂ©lande.
En 2015, Sona Jobarteh a pris sa place dans la tradition familiale en fondant elle-mĂȘme une Ă©cole de musique, la Gambia Academy, Ă Kartong, sur la cĂŽte de Gambie, au dĂ©bouchĂ© du fleuve SĂ©nĂ©gal. LâĂ©cole compte 32 Ă©lĂšves, dont son fils qui joue du balafon (une sorte de xylophone africain) et sa fille qui joue des percussions. Ainsi se perpĂ©tue la longue lignĂ©e des griots.
