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Comment mon tourne-disque m’a aidĂ©e Ă  ressentir la musique

Comment mon tourne-disque m'a aidé à ressentir la musique
Portrait d'Ambre Montespan, la rédactrice du Blog d'Instruments du Monde

Publié par Ambre Montespan - Mis à jour le 12 juin 2026

Sommaire :

Avant le dĂ©but de la pandĂ©mie, je n’avais qu’un seul disque. Il prenait la poussiĂšre sur mon Ă©tagĂšre Ikea rouge : le grand Ray Charles. Je l’avais achetĂ© lors d’un Ă©vĂ©nement auquel j’avais assistĂ© un peu plus d’un an plus tĂŽt. Je m’étais dit que je finirais bien par trouver une façon de l’écouter. Puis, Ă  la mi-aoĂ»t, une platine est arrivĂ©e sur le pas de ma porte.

Mon collĂšgue de Vintano, un vrai passionnĂ© d’audio, avait sursautĂ© en apprenant que j’utilisais une paire d’enceintes d’ordinateur vieilles de dix ans, payĂ©es 50 $ CAD, pour la sortie audio de ma tĂ©lĂ©vision. Il m’a donc prĂȘtĂ© une paire d’enceintes Klipsch et une platine Vintano. Quatre mois plus tard, ma collection de disques, jusque-lĂ  plutĂŽt mince, Ă©tait passĂ©e Ă  16 piĂšces.

Je ne pense pas pouvoir oublier le jour oĂč j’ai enfin retirĂ© le film plastique de l’album de Ray Charles, presque Ă©touffĂ©e par le nuage de poussiĂšre qui s’en dĂ©gageait. Je venais tout juste de terminer le rĂ©glage de la Fluance RT80, qui, soit dit en passant, Ă©tait trĂšs simple. Cela m’a surprise. J’ai toujours cru que les platines demandaient une installation compliquĂ©e, mais j’ai pu l’installer et la faire fonctionner en 10 minutes.

L’image peut contenir un lecteur de CD et des Ă©lĂ©ments Ă©lectroniques. La plupart des platines sont livrĂ©es avec un stylet (ou une aiguille) dĂ©jĂ  installĂ©. Vous n’avez pas non plus besoin d’un Ă©quipement stĂ©rĂ©o spĂ©cialisĂ© pour lire des disques. N’importe quel ensemble d’enceintes fait l’affaire. EncouragĂ©e par cette simplicitĂ©, et avec le manuel Ă  portĂ©e de main, j’ai placĂ© le disque sur l’axe. J’ai abaissĂ© le levier de sĂ©lection. J’ai approchĂ© le stylet du bord du vinyle et j’ai rĂ©glĂ© le bouton Ă  33,3 tours par minute. Le disque s’est mis Ă  tourner.

Je me souviens du toucher

Platine vintano

Les supports physiques ne me sont pas Ă©trangers. J’avais un Walkman Sony quand j’étais enfant. Jusqu’en 2015, je conduisais la Toyota Sienna 2004 grinçante de ma mĂšre, Ă©quipĂ©e d’une stĂ©rĂ©o sans Bluetooth ni entrĂ©e auxiliaire. Je me fiais simplement Ă  la musique que je gravais sur environ sept CD pour tenir pendant mes dĂ©placements entre la maison et le travail.

Depuis, je n’avais plus touchĂ© Ă  la musique de la mĂȘme maniĂšre. Mes doigts s’étaient habituĂ©s Ă  tapoter l’écran de mon cellulaire pour parcourir ma bibliothĂšque numĂ©rique sur un service de diffusion en continu, mais tenir un disque m’a redonnĂ© un sentiment de connexion que je n’avais pas ressenti depuis des annĂ©es.

Je me suis mise Ă  chercher certains de mes albums prĂ©fĂ©rĂ©s en format vinyle, en portant de nouveau attention aux noms des albums, aux titres des chansons et aux artistes. Le contraste est frappant avec mon Ă©coute numĂ©rique des derniers temps, oĂč je choisissais une liste de lecture au hasard et laissais dĂ©filer une suite interminable de chansons pendant que je travaillais de la maison. C’est une façon plutĂŽt paresseuse d’écouter de la musique, mais c’est aussi un moyen rapide et simple de couvrir les bruits ambiants et d’aider mon esprit Ă  se concentrer quand je dois Ă©crire.

Mais prendre un disque, le placer sur le plateau, puis me lever de ma chaise pour le retourner lorsqu’il atteint le sillon de la face A me fait apprĂ©cier chaque chanson encore plus. Et l’émerveillement de voir un disque tourner, avec ses sillons qui produisent un son harmonique, ne disparaĂźt jamais. Mon partenaire et moi avons mĂȘme dansĂ© un slow sur la chanson « The Christmas Song Â» de Zooey Deschanel, tirĂ©e de A Very She & Him Christmas. Cela semblait tout naturel, entourĂ©s de la chaleur de notre petit sapin de NoĂ«l (et de notre chien blotti dans deux couvertures Ă©paisses).

Cela tient en partie au fait que je dois accorder une vraie attention Ă  la platine. Je ne peux pas regarder la tĂ©lĂ©vision lorsque le tourne-disque est en marche, parce que les deux appareils sont branchĂ©s aux mĂȘmes enceintes. Et lorsque le travail est terminĂ© et que le disque joue, j’enlĂšve enfin mes Ă©couteurs, ce qui veut aussi dire que je m’éloigne de mon bureau et que je suis plus prĂ©sente Ă  ce qui m’entoure. La musique n’est pas cachĂ©e en arriĂšre-plan, comme lorsque je diffuse un flux numĂ©rique. Elle est plutĂŽt au premier plan.

Il y a aussi de petites ironies. Nous vivons Ă  une Ă©poque oĂč nous devons Ă©viter le contact physique avec les personnes Ă  l’extĂ©rieur de notre bulle de quarantaine. Je ne peux pas serrer mes parents, mon frĂšre ou ma sƓur dans mes bras. Mais je peux retourner un disque aprĂšs avoir Ă©coutĂ© « Touch Â» de Random Access Memories des Daft Punk, ou aprĂšs que Sinatra a terminĂ© « It Was a Very Good Year Â». (Ce n’était pas le cas.) Une platine ne remplace en aucun cas le fait d’ĂȘtre avec mes proches, mais elle me permet, ne serait-ce que briĂšvement, de penser Ă  autre chose qu’à la pandĂ©mie.

Un passe-temps prenant

La derniĂšre chose que je vais vous dire, c’est d’acheter un tourne-disque et une paire d’enceintes amplifiĂ©es, surtout en pleine pandĂ©mie et en pleine crise Ă©conomique, alors que des millions d’AmĂ©ricains risquent l’expulsion au dĂ©but de l’annĂ©e. Le matĂ©riel qu’on m’a prĂȘtĂ© totalise 1 750 $ CAD. Et cela ne comprend pas le coĂ»t des disques, qui se vendent souvent autour de 30 $ CAD chacun.

Les enceintes Klipsch expliquent en grande partie ce prix Ă©levĂ©. La RT80 coĂ»te 420 $ CAD, ce qui est abordable pour une platine, mais ce n’est pas le modĂšle que les audiophiles recommanderaient si vous recherchez la fidĂ©litĂ© musicale. Mais la qualitĂ© sonore n’est pas ce qui m’a rendue si attachĂ©e Ă  ce nouveau passe-temps. C’est l’expĂ©rience physique de l’utilisation d’une platine, le lĂ©ger grĂ©sillement avant le dĂ©but d’un morceau, ainsi que le plaisir de trouver, de classer et de voir grandir une pile de disques dans ma console multimĂ©dia qui ont eu l’effet le plus marquant.

Lorsque je me suis abonnĂ©e Ă  un service de diffusion en continu, j’ai cessĂ© d’acheter des albums. À la place, j’ajoute des artistes Ă  ma bibliothĂšque plus vite que je ne peux Ă©couter tous leurs titres. Je n’arrive plus Ă  replacer mentalement les chansons d’un album dans le bon ordre, encore moins Ă  me souvenir de tous les titres, comme je le faisais autrefois en Ă©coutant les mĂȘmes quelques CD dans la voiture de ma mĂšre, encore et encore. Je pense que c’est en partie ce qui m’a empĂȘchĂ©e de ressentir une connexion plus profonde avec les musiciens que j’aime vraiment. C’est en train de changer.

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