
Publié par Ambre Montespan - Mis à jour le 12 juin 2026
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Devenue une vedette internationale, la chanteuse et musicienne anglo-gambienne Sona Jobarteh a bâti sa carrière autour d’un instrument traditionnel des cultures ouest-africaines : la kora.
La kora de Gambie et du Mali
Traditionnellement réservée aux hommes, la kora est un instrument de musique à 21 cordes, à mi-chemin entre la guitare, la harpe, le luth et la lyre. On en joue en Afrique de l’Ouest, du Sénégal au Niger, en passant par le Mali, le Burkina et le Bénin.
La kora accompagne souvent le chant des griots, ces poètes, historiens et enseignants qui racontent des histoires immémoriales (voir ici).
Elle est formée d’une grande demi-calebasse, recouverte d’une peau de vache et percée d’un trou qui diffuse la résonance, comme sur une guitare.
Un long manche, qui mesure généralement de 1,20 à 1,40 m (3,94 à 4,59 pi), sert de point de départ aux 21 cordes, même si le nombre de cordes peut varier et atteindre 32.
On en joue en pinçant les cordes avec les doigts, surtout le pouce, l’index et le majeur.
Initiation à la kora
Avant de devenir une virtuose, Sona Jobarteh est initiée à la kora dès l’âge de 3 ans par les hommes de sa famille, tous musiciens reconnus : son frère, son cousin, son grand-père et son père, dont elle est la fille unique. Signe que les sociétés africaines évoluent, ces musiciens ne cherchent pas à exclure Sona. Ils tiennent plutôt à lui transmettre un héritage musical qui, jusque-là, passait de père en fils, mais qui, en réalité, n’a pas de genre. Son père lui dit d’ailleurs que, si quelqu’un écoute Sona jouer de la kora, il ne doit pas pouvoir dire si c’est un homme ou une femme qui joue. Il doit simplement dire que c’est joué avec délicatesse, tact et justesse.
L’histoire est particulière puisque, selon la légende africaine, la kora fut d’abord inventée par une femme-génie (génie dans le sens de djinn, les créatures merveilleuses de l’Islam), avant d’être volée par un griot et transmise à son fils.
École de musique
Par sa mère, Sona Jobarteh est anglaise. Jeune, elle s’installe en Angleterre et y suit les cours d’une école de musique ; elle étudie notamment le piano et le violoncelle. Les instruments traditionnels africains n’y reçoivent pas beaucoup de considération. À l’examen, Sona échoue presque volontairement.
Elle retourne ensuite en Gambie auprès de sa famille paternelle et se perfectionne dans l’art de la kora. Hésitante à monter sur scène par peur du rejet, elle participe tout de même à quelques concerts et connaît un vif succès. Les temps ont changé, et une femme peut jouer de la kora en public.
Sona Jobarteh enregistre son premier album, chanté en langue mandingue plutôt qu’en anglais, un choix d’authenticité qui, loin de la désavantager, l’aide à se faire connaître dans le monde anglophone, des États-Unis à la Nouvelle-Zélande.
En 2015, Sona Jobarteh prend sa place dans la tradition familiale en fondant elle-même une école de musique, la Gambia Academy, à Kartong, sur la côte de Gambie, au débouché du fleuve Sénégal. L’école compte 32 élèves, dont son fils qui joue du balafon (une sorte de xylophone africain) et sa fille qui joue des percussions. La longue lignée des griots se poursuit ainsi.
