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Comment fabrique-t-on un bol tibétain traditionnel ?

Comment est fabriqué un bol tibétain traditionnel ?
Portrait d'Ambre Montespan, la rédactrice du Blog d'Instruments du Monde

Écrit par Ambre Montespan - Mis à jour le 8 mai 2026

Sommaire :

Le bol tibĂ©tain, cet instrument de musique originaire d’Asie, vous intrigue ? Vous voulez mieux comprendre ses techniques de fabrication ? Comment les artisans produisent-ils un bol chantant, qu’il soit en mĂ©tal ou en cristal ?

Passionnée par les bols tibétains depuis plus de 10 ans, je me suis rendue plusieurs fois au Tibet pour observer de prÚs la création de cet instrument par des artisans traditionnels. Je peux donc vous présenter les étapes de cette fabrication et vous faire découvrir ce savoir-faire de façon concrÚte.

Les bols tibĂ©tains en mĂ©tal sont traditionnellement fabriquĂ©s soit par martelage, soit par moulage. Le mĂ©tal fondu est travaillĂ© selon l’une de ces deux mĂ©thodes pour obtenir la forme dĂ©sirĂ©e. Les bols en cristal, eux, sont rĂ©alisĂ©s uniquement par moulage.

La lecture de cet article vous permettra de connaĂźtre :

  • La mĂ©thode de fabrication des bols tibĂ©tains en mĂ©tal par martelage
  • La rĂ©alisation de ces mĂȘmes instruments par moulage
  • La conception particuliĂšre des bols chantants en cristal de quartz ou de roche

Vous saurez alors exactement quelles Ă©tapes permettent de produire un bol tibĂ©tain selon les rĂšgles de l’art. Vous pourrez aussi mieux apprĂ©cier le travail exigeant des artisans qui forgent ces instruments fascinants.

Entrons dans le sujet.

Comment fabriquer un bol tibétain en métal ?

Il existe deux techniques pour réaliser des bols tibétains en alliage de métaux. La premiÚre, la plus traditionnelle, consiste à leur donner leur forme par martelage, tandis que la deuxiÚme utilise simplement un moule.

Une femme vue de contreplongée entourée de bols tibétains

Quelle est la technique pour forger un bol chantant par martelage ?

La crĂ©ation d’un bol chantant par martelage peut se diviser en 4 Ă©tapes. Il faut d’abord crĂ©er la galette en alliage de mĂ©taux, puis mettre le bol en forme, l’ébarber et, au besoin, rĂ©aliser des gravures.

La formation de la galette en alliage de métaux

Si vous ne le saviez pas, les bols tibĂ©tains sont composĂ©s de plusieurs mĂ©taux qui doivent ĂȘtre assemblĂ©s. Pour cette raison, la premiĂšre Ă©tape de la fabrication d’un bol chantant consiste Ă  former la galette qui sera ensuite transformĂ©e en instrument de musique. Les artisans utilisent alors un creuset, un rĂ©cipient gĂ©nĂ©ralement conçu en calcaire ou en mĂ©tal, dans lequel plusieurs mĂ©taux sont fondus Ă  une tempĂ©rature d’environ 1800 °C grĂące Ă  un four.

Officiellement, les bols tibĂ©tains sont rĂ©alisĂ©s en 7 mĂ©taux, soit l’or, le cuivre, l’argent, le mercure, le plomb, l’étain et le fer, selon une proportion gardĂ©e secrĂšte par les diffĂ©rentes forges artisanales. Des analyses mĂ©tallurgiques rĂ©alisĂ©es sur des bols chantants ont toutefois dĂ©montrĂ© que leur composition Ă©tait de 77 % de cuivre et de 22 % d’étain. Les 5 autres mĂ©taux, lorsqu’ils sont bien prĂ©sents, reprĂ©sentent moins de 1 % de l’alliage de l’instrument. C’est particuliĂšrement vrai pour l’or et le mercure, dont la prĂ©sence est infime, soit moins de 0,03 %. Si les 7 mĂ©taux du bol tibĂ©tain vous intĂ©ressent, jetez un coup d’Ɠil Ă  notre article qui explique plus en dĂ©tail cet alliage particulier.

Les mĂ©taux sont ajoutĂ©s dans le creuset selon leurs points de fusion, du plus bas au plus Ă©levĂ©. Ceux qui fondent en premier sont le plomb et l’étain, Ă  environ 300 °C, et ils sont donc placĂ©s d’abord dans le creuset. Le fer, dont la tempĂ©rature de fusion dĂ©passe lĂ©gĂšrement 1500 °C, est incorporĂ© en dernier. Cette mĂ©thode permet d’obtenir un mĂ©lange bien homogĂšne et entiĂšrement liquĂ©fiĂ©. Il faut monter la tempĂ©rature Ă  environ 1800 °C pour s’assurer que tous les mĂ©taux sont bien fondus dans le creuset. Une fois l’alliage obtenu, le contenu du creuset est versĂ© dans un moule en forme de galette. Les artisans attendent ensuite que la matiĂšre refroidisse assez pour ne plus ĂȘtre liquide, sans ĂȘtre complĂštement solide. À ce moment, elle est encore rougeoyante et peut ĂȘtre martelĂ©e. Les artisans peuvent aussi attendre qu’elle refroidisse complĂštement jusqu’à la tempĂ©rature ambiante, puis la rĂ©chauffer plus tard. La galette prend alors un aspect grisĂątre.

La mise en forme du bol chantant tibétain par martelage

Une fois la galette suffisamment chaude, un groupe d’ouvriers utilise une paire de pinces et des marteaux de diffĂ©rentes tailles pour donner forme Ă  ce qui deviendra un bol tibĂ©tain. Le travailleur le plus expĂ©rimentĂ© est souvent celui qui tient la paire de pinces. C’est lui qui coordonne toute l’opĂ©ration. Sa tĂąche consiste Ă  prĂ©senter la galette selon le bon angle pour que les marteleurs puissent donner la bonne forme Ă  l’instrument. Les autres ouvriers sont donc des marteleurs qui travaillent de façon coordonnĂ©e. Le bruit des marteaux crĂ©e alors un rythme rĂ©gulier, presque comme une mĂ©lodie. Le nombre de marteleurs varie selon l’équipe, le nombre d’outils disponibles et le diamĂštre de la galette. En moyenne, il se situe entre 1 et 5.

Pendant le martelage, la galette refroidit naturellement au contact de l’air ambiant. Elle fait donc plusieurs allers-retours entre le four et les marteaux des artisans afin de rester suffisamment chaude et mallĂ©able. Durant le martelage, un patron en acier est parfois placĂ© sous la galette pour servir de modĂšle ou de gabarit et aider les artisans Ă  donner plus facilement la forme finale du bol tibĂ©tain. Une fois le martelage terminĂ©, ce qui prend plusieurs heures, l’instrument est plongĂ© dans un bain d’eau claire pour retirer ses impuretĂ©s. Enfin, quelques coups de marteau peuvent ĂȘtre donnĂ©s Ă  froid pour finaliser la forme du bol chantant. Vous pouvez visionner une vidĂ©o prĂ©sentant le travail de martelage juste ci-dessous :

L’ébarbage et le polissage de l’instrument de musique

À cette Ă©tape, le bol tibĂ©tain prĂ©sente globalement la bonne forme, mais il n’est pas terminĂ©. Il faut d’abord rĂ©aliser un Ă©barbage ou un Ă©bavurage. Autrement dit, il faut retirer l’excĂ©dent de mĂ©tal et les aspĂ©ritĂ©s qui sont inĂ©vitablement créés lors du forgeage et du martelage du bol chantant. Cette opĂ©ration est rĂ©alisĂ©e avec une machine appelĂ©e tour, qui permet de faire tourner le bol sur lui-mĂȘme Ă  grande vitesse. Une fois l’instrument Ă  percussion en rotation, l’artisan utilise un outil en mĂ©tal pour frotter la surface du bol et enlever la matiĂšre superflue de façon uniforme.

Vient ensuite le polissage. Ici, l’objectif est de rendre la surface du bol tibĂ©tain lisse et brillante. Cette abrasion peut ĂȘtre faite Ă  la main ou avec une machine dĂ©diĂ©e, si l’atelier en possĂšde une. En plus de l’aspect visuel, le polissage sert aussi Ă  arrondir les arĂȘtes du bol, ce qui Ă©vite Ă  l’instrumentiste de se couper les doigts ou la main pendant l’utilisation. Une fois le polissage terminĂ©, le bol tibĂ©tain est fini. Il est toutefois possible d’ajouter une Ă©tape : la gravure de l’instrument.

Comment réaliser les gravures sur le bol chantant ?

La gravure est optionnelle pour les bols tibĂ©tains. Elle se fait grĂące Ă  un procĂ©dĂ© appelĂ© eau-forte. ConcrĂštement, des artisans dessinent Ă  la main sur la paroi intĂ©rieure ou extĂ©rieure du bol chantant des motifs ou des Ă©critures Ă  l’aide d’une cire liquide noire. Lorsque cette cire est sĂšche et bien dure, les instruments sont plongĂ©s dans un bain d’acide nitrique ou de perchlorure de fer pendant plusieurs heures. L’acide vient alors creuser, mordre ou attaquer le mĂ©tal aux endroits oĂč il n’y a pas de cire. Une fois le bain terminĂ©, le bol chantant est nettoyĂ© afin d’enlever les rĂ©sidus d’acide ainsi que la cire restĂ©e collĂ©e aux parois de l’instrument. Le bol tibĂ©tain est alors terminĂ©.

On pourrait avancer que le procĂ©dĂ© de l’eau-forte Ă  partir d’un bain d’acide est relativement agressif, rĂ©cent et donc incompatible avec l’esprit traditionnel du bol chantant tibĂ©tain. En rĂ©alitĂ©, ce n’est pas le cas, puisque l’eau-forte est une technique inventĂ©e il y a dĂ©jĂ  plusieurs siĂšcles et utilisĂ©e pour rĂ©aliser des gravures au Moyen Âge. Il n’est donc pas Ă©tonnant que les TibĂ©tains se la soient appropriĂ©e pour amĂ©liorer l’aspect esthĂ©tique de leur artisanat.

Comment produire un bol tibétain moulé ?

La deuxiĂšme mĂ©thode pour Ă©laborer un bol tibĂ©tain consiste Ă  le mouler plutĂŽt qu’à le marteler. La premiĂšre Ă©tape pour produire le mĂ©tal en fusion reste la mĂȘme. Toutefois, au lieu de former une galette qui sera ensuite frappĂ©e avec des marteaux, l’alliage de 7 mĂ©taux liquĂ©fiĂ© est directement coulĂ© dans un moule en forme de bol chantant. L’artisan n’a plus qu’à dĂ©mouler le mĂ©tal pour obtenir un exemplaire presque terminĂ© de cet instrument de musique. Ensuite, l’ébarbage, le polissage et les Ă©ventuelles gravures se font de la mĂȘme façon qu’expliquĂ© prĂ©cĂ©demment. Vous pouvez observer un ouvrier qui rĂ©alise un bol tibĂ©tain par moulage dans la vidĂ©o ci-dessous :

Bien sĂ»r, cette technique est beaucoup plus rapide et facile que le martelage. Elle ne demande aussi qu’un seul artisan pour ĂȘtre menĂ©e Ă  bien. Cela signifie-t-il pour autant que les sonoritĂ©s produites seront de moins bonne qualitĂ© ? Certains l’affirment, tandis que d’autres disent ne pas entendre la diffĂ©rence. Pour ma part, je dirais que cela dĂ©pend du ressenti de chacun.

Quelle est la méthode pour créer un bol chantant en cristal ?

Pour les bols chantants en cristal de quartz, la seule mĂ©thode de fabrication est le moulage. Elle comprend d’abord la purification de la matiĂšre premiĂšre, puis sa mise en forme.

Une femme noire qui utilise des bols chantants en cristal

La purification du cristal de quartz

Le quartz, aussi appelĂ© cristal de roche, est le minĂ©ral le plus rĂ©pandu Ă  la surface de notre planĂšte. Il est principalement composĂ© de dioxyde de silicium, plus simplement appelĂ© silice, ainsi que de quelques autres Ă©lĂ©ments comme le fer, l’aluminium ou le calcium. Avant de produire un bol chantant, il faut ne garder que la silice. La premiĂšre Ă©tape consiste donc Ă  purifier le quartz pour obtenir une poudre de silice pure Ă  99,9 %, voire mieux, Ă  partir de laquelle l’instrument sera créé. Cela signifie qu’en rĂ©alitĂ©, le bol chantant en cristal de quartz devrait plutĂŽt s’appeler bol chantant en cristal de dioxyde de silicium, mais c’était sans doute moins Ă©vocateur et la premiĂšre appellation est restĂ©e.

Le moulage et polissage du bol chantant en cristal de roche

Une fois la poudre de silice obtenue, il faut la faire chauffer Ă  environ 2000 °C, le point de fusion de cette matiĂšre se situant autour de 1700 °C. Le dioxyde de silicium est fondu dans une machine appelĂ©e four de cristallisation, une sorte de grande centrifugeuse chauffante. C’est lors du refroidissement que la silice se cristallise et prend sa forme solide. Ensuite, divers traitements chimiques ou thermiques sont appliquĂ©s ou non pour modifier l’aspect, la transparence ou la texture du bol tibĂ©tain. Par exemple, avec un traitement au gaz, il est possible d’obtenir des bols chantants transparents aux magnifiques reflets irisĂ©s.

Comme les bols en alliage de mĂ©taux, ceux en cristal sont dĂ©moulĂ©s, puis Ă©barbĂ©s et polis. En finition, des motifs ou des dessins peuvent ĂȘtre prĂ©sents sur les parois intĂ©rieures ou extĂ©rieures. La vidĂ©o ci-aprĂšs vous prĂ©sente la fabrication d’un bol chantant en cristal.

Si vous hésitez dans le choix de la matiÚre pour votre futur achat de bol chantant, consultez notre article qui compare les bols en alliage de métaux et ceux en cristal. Vous comprendrez alors les subtilités entre ces deux instruments de musique.

Choisissez un instrument à percussion fabriqué avec soin

Le bol tibĂ©tain demeure un objet plutĂŽt mystĂ©rieux et encore entourĂ© de secrets dans l’imaginaire populaire. Toutefois, sa fabrication n’est plus une Ă©nigme depuis longtemps, et les artisans ouvrent volontiers leurs portes pour montrer leur savoir-faire. Avec toutes les informations prĂ©sentĂ©es dans cet article, vous savez maintenant comment cet instrument Ă  percussion asiatique est traditionnellement créé.

Cependant, mieux vaut ne pas tenter de concevoir vous-mĂȘme un bol tibĂ©tain Ă  la maison. Comme nous l’avons vu, un vĂ©ritable bol demande un four puissant pouvant produire une chaleur de presque 2000 °C, avec les risques que cela implique. De plus, un bol chantant de bonne qualitĂ© exige une rĂ©elle expĂ©rience et un savoir-faire qu’un amateur ne pourra pas acquĂ©rir en quelques essais. Par consĂ©quent, pour vous procurer un bol tibĂ©tain, il est recommandĂ© de choisir la boutique Instruments du Monde, qui propose plus de 200 exemplaires de cet instrument, dont ces magnifiques modĂšles aux sonoritĂ©s remarquables.

DĂ©couvrez ces bols tibĂ©tains en cliquant sur l’image ci-dessous :

Qu’est-ce qu’un bol chantant de pleine lune ? Nous vous proposons de le dĂ©couvrir dans cet article qui vous apprendra tout ce qu’il y a Ă  savoir sur les bols tibĂ©tains Full Moon. Vous pourriez aussi ĂȘtre intĂ©ressĂ© par notre guide complet sur cet instrument de musique Ă  percussion aux origines asiatiques. Le bol chantant tibĂ©tain n’aura alors plus aucun secret pour vous.

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1 commentaire

Pierre

5 juil. 2025

Combien faut-il d’heures pour la fabrication d’un bol moyen tibĂ©tain de 7 alliges ?

Portrait d'Ambre Montespan, la rédactrice du Blog d'Instruments du Monde

Ambre Montespan

5 juil. 2025

Bonjour Pierre,

Cela va dépendre de la technique de fabrication employée (martelage ou moulage), de la taille du Bol Tibétain, mais aussi des éventuelles gravures qui seront réalisées. Ainsi, la fabrication peut prendre de quelques dizaines de minutes à plusieurs dizaines d'heures pour les gros modèles très travaillés.

Cordialement

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